16.12.2007
UNE PHARMACIENNE "chtie" A KEKE ...
Cécile Drobinski-Dewalckenaere est allée à Kéké effectuer un stage dans le cadre de ses études de pharmacie.
Avec une collègue, elle y a passé trois semaines en mai 2001.
"A l'époque (2001), j'étais étudiante en 5eme année de pharmacie et j'avais le désir de partager mes connaissances. Je voulais rencontrer des personnes totalement différentes et apprendre d'elles autant que je pouvais leur transmettre.
Je n'ai pas été déçue et je dirais même que j'ai plus appris en 3 semaines là bas qu'en 6 années d'études sur le plan humain et relationnel avec les différents acteurs de santé( infirmier, sage femme, pharmacien en brousse).
Malheureusement le fossé entre nos 2 civilisations est tellement grand que nous avons du mal à adapter notre aide en fonction de leur besoin et il n'y a qu'en se transmettant les informations recueillies sur place grâce aux bénévoles que nous pourrons trouver des solutions à leurs problèmes: cela ne sert à rien de leur apporter du pain mieux vaut leur apprendre à le fabriquer!! c'est ma conception de l'aide humanitaire.
L'accueil qu'ils nous ont fait mérite au moins cela.
Cécile Drobinski DEWALCKENAERE"

Cécile DEWALCKENAERE a vécu UNE EXPERIENCE RARE durant son séjour : elle a pu participer à la naissance d'un enfant.
UNE EXPERIENCE RARE par Cécile DEWALCKENAERE.doc
UNE EXPERIENCE RARE par Cécile DEWALCKENAERE, docteur en pharmacie.
Durant mon séjour, j’ai également eu l’occasion de travailler avec Anta, la sage-femme et ai pu suivre quelques grossesses avec elle.
Le problème en milieu rural est que peu de femmes enceintes viennent spontanément consulter le plus souvent par manque de moyens pécuniaires.
Et celles qui consultent le font rarement avant le huitième voire neuvième mois !
Difficile dans ces conditions d’effectuer un réel suivi !
Cependant Anta m’a expliqué que les femmes dont elle s’occupe possède une fiche de suivi au dispensaire.
Elle y inscrit la date de la première visite même si cette date correspond en fait à l’accouchement ; elle y ajoute bien entendu les renseignements relatifs à la maman (âge, nombre d’accouchements antérieurs, taille et masse).
Elle pouvait en déduire si l’accouchement présente ou non des risques.
Puis elle pratique un examen clinique de la personne :
· Y a-t-il des brûlures à la miction ?
Dans l’affirmative, elle l’oriente vers l’infirmier car il y a suspicion d’infection.
· Les conjonctives sont-elles pâles ?
Dans l’affirmative, l’anémie évidente nécessite un traitement à base de fer, métronidazole et chloroquine [le paludisme provoque des anémies sévères].
· Y a-t-il des pertes blanches ?
Dans l’affirmative, il s’agit vraisemblablement d’une infection génitale parasitaire ou bactérienne. En ce cas, Anta accomplit une toilette soignée des parties génitales avec prescription par l’infirmier de métronidazole.
·
Ensuite, Anta mesure la hauteur utérine c'est-à-dire la grosseur du ventre mesurée du nombril au vagin. Elle en déduit l’âge probable de l’enfant voire soupçonner une grossesse multiple.
La tension artérielle permet de déceler une hypertension gravidique.
A partir du 9ème mois, elle sait en palpant le ventre de la mère si la bébé est bien en position transverse. Dans le cas inverse, il faut diriger la personne vers l’hôpital de Djenné (35 km environ ; mais attention au Mali le nombre de « kilo » ne donne aucune information sur la durée d’acheminement).
Elle effectue également une VAT (1ère injection du vaccin antitétanique).
Généralement, il y a nécessité d’un recours à la chloroquine pour faire face au paludisme.
En définitive, au vu de l’ensemble des observations du premier examen, Anta décide d’un transfert à Djenné ou, dans le cas d’une grossesse normale, elle fixe -si possible- un second examen.
Un mois plus tard, lors de la seconde visite, elle pratique un nouvel interrogatoire et examen : brûlures à la miction, conjonctives, … ; elle effectue la seconde injection antitétanique (VAT). Si une complication s’annonce, le transfert vers Djenné est implicite.
Lors de la troisième visite, même protocole avec le rappel final de VAT.
Logiquement, la prochaine visite sera celle de l’accouchement.
J’ai eu la chance de pouvoir assister à un accouchement. Si ma contribution e minime, l’expérience fut pour moi inoubliable !
Mme Kadia S…, la maman arrive au dispensaire vers 11h du matin ; elle se plaint de contractions qui ont lieu depuis la veille. 24 ans, second enfant attendu.
Anta examine la maman.
Comment se présente lé bébé ? Y a-t-il une hémorragie ? La grossesse arrive- t-elle à terme ?
Ensuite, c’est l’examen clinique : tension artérielle, pouls de la maman, température, hauteur utérine, battements cardiaques de l’enfant (stéthoscope).
Elle compte la durée entre les contractions et examine la poche des eaux (PDE)
A partir de ces observations, elle peut évaluer les risques de complications et décider encore un transfert sur Djenné.
L’accouchement de Mme S… se présente tout à fait normalement et continue à se dérouler au mieux.
Je me contente d’appliquer une compresse humide sur son front.
Vers 15 h, l’accouchement débute.
Anta parle de « phase active » et toutes les heures mesure l’ouverture du col :
11h 45 : 7 cm ; 12h 45 : 8 cm ; 13h 45 : 9 cm ; 14h 45 : 10 cm ; …
A chaque fois, elle mesure tension artérielle, fréquence des contractions, battements cardiaques de l’enfant ; elle examine la PDE et l’engagement : 0,5 c’est bon par contre 0,2 ne l’est pas.
Vers 12h 45, elle injecte du buthyl pour limiter les douleurs dues aux contractions. Enfin, vers 14h45, elle parvient à extraire la tête du bébé et le corps suit instantanément.
C’est un garçon !!!
Anta prend un morceau de corde, ligature le cordon ombilical et le lacère –technique un peu barbare, mais ici le manque de moyens explique beaucoup de choses. Puis, elle attrape le bébé et le lave dans la bassine de façon très énergique.
Il pèse 3,1 kg et taille 50 cm
Elle s’occupe ensuite de la maman : elle retire le placenta que l’on appelle là-bas « la délivrance ». Elle vérifie la présence du ‘globe de sécurité’, c’est l’amas de sang qui sous le ventre de la mère protège l’enfant.
Elle observe l’éventualité d’une hémorragie à la sortie du placenta.
Pour finir, elle surveille la maman durant une première heure, puis deux heures plus tard.
Elle termine en inscrivant sur les registres le résultat de l’accouchement :
Mère vivante – Enfant vivant.
Elle peut suivre les enfants jusque leur troisième année.
Évidemment, une fiche de suivi est initiée à cet effet où elle surveillera la taille, la masse, l’apport en vitamines et les vaccinations.
Encore faut-il que les familles soient en mesure de payer consultations et médicaments !
10:20 Publié dans Solidarité internationale | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note




Commentaires
Ce petit mot pour te féliciter de ton travail: tu as su retranscrire les données que je t'ai confiées avec rigueur et fidélité.
A présent ce voyage me parait bien lointain..
Si je devais un jour repartir, j'essaierais, dans la mesure du possible, d'affiner mon aide en me renseignant auprès des autres bénévoles sur les réalités de terrain. Sur place, je souhaiterais discuter de l'évolution de leurs conditions de vie au regard de l'invasion des nouvelles technologies (portable, internet..) et du changement climatique.
un jour peut être...
Amitiés
Cécile
Ecrit par : Cécile Drobinski | 30.12.2007
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